• S'il est un produit tout à fait atypique et original, c'est bien le livre écrit par Jérémy Ferrari et illustré par Ludovic Fevin, qui s'inscrit dans la continuité logique du spectacle de l'humoriste et qui est sorti concomitament au DVD ... 

    Voilà bien longtemps que je n'avais pas acheté de livre mais je ne pouvais assurément pas me passer de celui-là que je range chaque soir dans le tiroir de ma table de nuit après l'avoir feuilleté ne serait-ce que cinq minutes ... 

    Fan archi-fan de Jérémy, de sa bouille d'ange, de son cerveau délicieusement diabolique, de sa plume intelligente, noire, cynique, de son talent de dingue ... 

    Ce livre se dévore à l'envers, à l'endroit, n'importe comment, n'importe quand, les pages sont indépendantes les unes des autres, on y vient et y revient plusieurs fois, on se délecte, faussement outré, des horreurs qui y sont écrites mais ... il faut être sûr d'être capable de lire entre les lignes, de percevoir le second (voire plus) degré qui y réside, de déceler les messages que l'auteur veut faire passer, ce qu'il veut dénoncer, de voir où il pointe son doigt ... souvent le livre est dans le "rayon enfants" dans les librairies mais il n'est pas à mettre entre tous les yeux, les plus jeunes peuvent ne pas tout comprendre et surtout ne pas avoir le recul et la lucidité nécessaires pour appréhender l'ouvrage qui s'adresse tout de même aux plus avisés ... 

    Jérémy Ferrari travaille toujours d'arrache-pied sur son film tout en assurant des rubriques régulières dans l'émission de Cyril Hanouna "Touche pas à mon poste" qui cartonne ... 

    Artiste à suivre de près, de très près, encore plus près ... :)

     


    INTERVIEW 

    http://www.lesuricate.org/rencontre-avec-jeremy-ferrari/

     

    Avec une première apparition dans On n’demande qu’à en rire sur France 2, suivie d’une chronique hebdomadaire dans l’émission Touche pas à mon poste sur D8, Jérémy Ferrari fait parler de lui. Avec la sortie de son nouveau livre Hallelujah Bordel !, suite fatidique de son deuxième spectacle choc joué pour la première fois à Paris, Jérémy Ferrari impressionne. Non seulement, il y énonce et dénonce des textes de la Bible, du Coran tout en passant par la Torah mais fidèle à lui-même, il n’oublie pas son empathie légendaire et son humour noir, lugubre et caustique. Une traversée religieuse des peuples à la fois glauque, froide et provocatrice mais relevée d’une pointe de finesse.

    Alors nous, on a eu envie d’en savoir plus sur ce spectacle duquel est tiré le DVD (sorti récemment en magasin), sur ce livre et sur ce sujet énorme et difficile que ce démon à la gueule d’ange prend autant de plaisir à nous faire partager à travers son spectacle, son bouquin mais aussi, évidemment, à travers son talent.

    « L’ombre cache souvent de grandes choses ». Derrière son côté cassant et sombre se trouve une perle humoristique, un homme sensible et peut-être pas toujours aussi méchant qu’on ne se l’imagine.

     

    Rencontre avec celui que l’on surnomme « Le fils spirituel de Pierre Desproges ».

    Vu que vous sortez le DVD de votre spectacle Hallelujah Bordel !, pouvez-vous brièvement nous en parler ? Comment l’avez-vous construit ?

    Pour mon spectacle, j’ai presque fait un travail journalistique voire universitaire. J’ai étudié énormément la religion, les faits divers,… J’ai décortiqué l’ensemble des choses et j’avais beaucoup de matière. Malheureusement, je n’ai pas pu utiliser toutes les informations dont je disposais sinon j’aurais eu un spectacle de six heures !

    Comme je compte commencer un nouveau spectacle, je ne voulais pas mettre à la poubelle toute cette matière. J’ai donc sorti un livre en plus.

    Parlez-nous de votre nouveau livre, suite de votre spectacle Hallelujah Bordel !. Dès la couverture, on ressent un univers très inspiré de Tim Burton. Pourquoi ? Qu’allons-nous découvrir dans ce livre-album ?

    J’ai eu l’idée de faire un livre illustré en complément de mon spectacle. Je dis « en complément » car on peut très bien lire le livre sans avoir vu le spectacle.

    J’ai vu plusieurs illustrateurs et dessinateurs, puis j’ai rencontré Ludovic Févin. Il est arrivé avec un univers que j’ai trouvé absolument incroyable, fou. C’est effectivement très Tim Burton mais il déteste qu’on lui dise cela. Et vous savez pourquoi ? Car il a commencé à dessiner avant que Tim Burton ne soit connu. Mais force est de constater que effectivement, c’est un univers très burtonien. C’est un peu un univers Beetlejuice, le même univers que dans le film Le magasin des suicides. Ce mec est pour moi un génie du dessin, une pépite. J’ai beaucoup de chance de l’avoir rencontré.

    Il a pu transcender l’univers que je voulais mettre en place. Moi j’ai écrit les textes, j’ai mis en place tous les scénarios. J’ai tout imaginé. Lui a mis en place ce que moi, j’avais dans la tête. C’était une expérience absolument incroyable car moi je lui décrivais un dessin et il le dessinait, c’était fou, il arrivait à sortir ça de ma tête.

    J’ai trouvé cela incroyable.

    On ressent beaucoup de philosophie à travers le bouquin. Je suppose que vous avez dû vous inspirer, beaucoup lire ? Est-ce que la philosophie a tenu un rôle dans l’écriture de votre spectacle ?

    Oui, j’ai beaucoup lu et effectivement, j’ai énormément lu des philosophes. J’ai lu Nietzsche, je l’aime beaucoup. J’ai également lu Michel Onfray sur les rapports à la religion, j’ai lu Les Traités de la Théologie etl’Antéchrist évidemment.

    Après j’ai lu d’autres philosophes comme Saint Augustin avec Les Confessions. J’ai lu aussi Saint Anselme qui est un peu plus compliqué. Il est la représentation type de la branlette intellectuelle. C’est-à-dire, décrire huit pages pour en arriver à dire une banalité. Ça n’a pas grand intérêt sinon celui de montrer des points de vue différents. Des gens qui pensaient que la religion était la solution à tout, des gens qui, au contraire, détestaient cette dernière. C’était bien d’avoir tous les points de vue. Et effectivement, cela m’a quand même donné quelques clefs, cela m’a ouvert quelques portes.

    Oui il y a de la philosophie dans mon livre et on la comprend ou on ne la comprend pas.

    On pourrait croire, au premier abord, que votre nouveau livre est un livre pour enfant. Qu’en pensez-vous ?

    C’est vrai. D’ailleurs, c’est marrant parce qu’il s’est retrouvé plusieurs fois dans les librairies, dans les rayons pour enfants. Parce que les gens ne regardent pas, ils voient la couverture et se disent : « Ah ça doit être pour les gosses ! »

    Donc, si vous ne trouvez pas le bouquin, il faut regarder dans les rayons enfants !

    J’ai l’impression que dans Hallelujah Bordel ! vous dites tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Ai-je raison ?

    Bien sûr !

    Mais de toute façon, dans la vie en général, on ne fait pas de blagues sur les radars automatiques. Entre nous, on se fait des vannes, on se taquine. L’humour des gens, dans la vie, c’est de l’humour noir. On se moque, on se taquine, on se dit des méchancetés exprès. C’est ça l’humour que l’on a dans la vie quotidienne.

    Donc l’humour noir n’est pas un humour segmentant. C’est un humour que l’on a au quotidien.

    On s’étonne que le livre ou que le spectacle soit un succès populaire, un succès large. C’est parce que l’humour noir a toujours été un humour large !

    On a l’impression qu’à chaque nouvelle entrée, vous appuyez toujours un peu plus fort sur le côté « trash », si je puis m’exprimer ainsi, des choses, des évènements de la vie. Est-ce cela que vous recherchez ? Aller chaque fois un petit peu plus loin ?

    Il n’y a pas de censure mais il faut savoir se censurer soi-même. Il faut être intelligent quand on fait de l’humour noir.

    On arrive pas en disant : « Bonjour, alors ce matin j’ai éventré un juif… ». On ne peut pas dire ça en arrivant. Ce n’est pas possible !

    Dans On n’demande qu’à en rire sur France 2, je suis allé de plus en plus loin. J’ai commencé avec un sketch classique sur la mort. Mais entre nous, un sketch sur la mort, c’est classique dans l’humour noir. Et je suis arrivé à la fin à jeter des objets à des mecs qui n’avaient pas de bras en disant « Pourquoi vous ne l’avez pas attrapé ? ». On a démarré sur la mort et on est arrivé à des choses beaucoup plus trashs.

    Parce que lorsque l’on réfléchit à une œuvre, je pense qu’il faut être intelligent, qu’il faut réfléchir à ce que l’on fait.

    Quand j’arrive dans Touche Pas à Mon Poste, l’exercice que je fais est très difficile. Pourquoi il y a si peu d’humoristes qui arrivent, comme ça, en plateau ? C’est parce que c’est vachement dur ! Surtout quand on n’est pas sur Canal +. Sur Canal + on a une chance terrible, c’est qu’un humoriste, il peut venir faire un papier de 4 minutes et il n’y aura pas de rires. Et on considère quand même que c’était un bon papier.

    Sur Touche Pas à Mon Poste, on entend le rire. Ce qui veut dire que lorsque je sors une vanne et qu’il n’y a pas de rire, tout le monde dit « Ah, il s’est pris un four ! » donc c’est un exercice qui est très dur, ce que je fais. Imaginez ! Vous arrivez en plein milieu de la soirée, après 1h30 et vous coupez le rythme de tout le monde. « Attendez, je vais vous faire des blagues ».

    Il n’y a pas de public en face de moi, ce sont les caméras et le public est sur le côté, donc le plateau n’est pas fait pour des humoristes, c’est difficile.

    Mais moi, j’ai de la chance. L’humour noir est populaire en ce moment chez les jeunes, c’est à la mode. J’ai réussi à mettre ça un peu à la mode. Il y a un côté un peu sale gosse qui plait aux jeunes et qui fait chier les vieux réac’ de 50 ans qui restent encore à droite et à gauche, ça les fait chier mais bon..

    Il faut aussi y aller par étapes. C’est à dire que là, il y a un tout nouveau public qui me découvre et déjà, j’en ai choqué beaucoup en arrivant. Il y a 80% d’entre eux que j’ai mis dans ma poche, mais il y a les 20% restant qui m’ont détesté dès les premières minutes et c’est normal !

    On ne peut pas plaire à tout le monde. Et donc, j’y suis allé doucement parce qu’il faut aussi s’habituer à moi. Je serre la vis au fur et à mesure mais je crois que c’est bien, parce que du coup c’est de plus en plus drôle. Et effectivement, lors de ma chronique dans l’émission Touche pas à mon poste de la semaine du 15 Octobre 2013 avec Isabelle Adjani, là je commence à y aller un peu et à me faire plaisir. Il fallait y aller doucement quand même, je ne pouvais pas arriver en disant « Aahh la chatte d’Adjani ! » (Rires) Et par exemple, typiquement, quand j’ai dit « la chatte d’Adjani », c’est un mot un peu vulgaire, un peu « osé », et je peux le comprendre. Mais comme je ne suis jamais vulgaire, c’est pour ça que c’est drôle. À ce moment-là, le type pète un câble ! Et je joue un mec qui pète un câble et je joue à sortir « La chatte d’Adjani » alors que dans ma bouche c’est impossible, je n’emploie jamais de grossièretés.

    Est-ce que la nouvelle génération, qui, dit-on « est plus trash que l’ancienne », vous a-t-elle inspirée ? Internet a-t-il également tenu une place ?

    Oui parce que les jeunes actuels, c’est un autre monde ! C’est encore plus « trash » qu’avant. Et internet a quand même changé beaucoup de choses. Après, il faut quand même s’en méfier.

    Twitter me dérange un peu. Plus que Facebook parce que sur Twitter, j’ai l’impression que les gens qui y sont, ce n’est vraiment plus que pour faire de la critique. Moi ça va, il y a un mec qui m’insulte et ça se passe généralement bien. Mais quand même, lorsqu’on entend parler de Twitter c’est « Ah les Tweetos ont critiqué ça et ça, ça a généré un buzz sur Twitter ! ».

    Les gens peuvent débattre des heures sur un même sujet et la plupart ont à peine 14 ans !

    Et moi ce qui me fait peur, c’est que j’ai l’impression que c’est en train de devenir une référence journalistique.

    En fait, le mec a un blog et il se prend pour un journaliste. Donc, il faut quand même se méfier d’internet.

    On sait aussi que vous venez de loin, que vous avez eu des moments plutôt difficiles. Est-ce que le fait d’être arrivé dans la célébrité, d’avoir eu une envolée encore plus grande avec Hallelujah Bordel !, le spectacle et le livre et maintenant le DVD, est-ce que ça a changé votre vision des choses ? Est-ce que la célébrité, la lumière, vous dérange ou est-ce que, au contraire, cela vous plait ?

    Je le vis bien et pas bien. Je le vis bien parce que c’est la sortie de la galère financière dans laquelle j’ai été. J’ai pu faire beaucoup de bien autour de moi.

    Il n’y a vraiment que les gens qui n’ont jamais eu de problèmes d’argent qui peuvent dire que l’argent ne fait pas le bonheur. C’est vraiment des philosophies de comptoir pour les gens qui n’ont jamais eu de problèmes. Parce que la vérité, c’est que dans un système capitaliste comme le nôtre, si vous n’avez pas d’argent vous êtes en galère. Oui, vous pouvez être heureux si vous vivez dans les montagnes et que vous n’avez pas besoin d’argent, ça oui, c’est sûr ! Mais pas dans un système comme celui-ci.

    Donc ça, ça m’a fait du bien. Ça ne m’a pas apaisé, bizarrement. Je suis quelqu’un de beaucoup plus heureux qu’avant, ça c’est sûr mais ça ne m’a pas apaisé. Je pensais que j’allais trouver une espèce de paix intérieure si ça commençait à marcher pour moi et en fait non, parce que j’ai toujours l’impression d’être petit. J’ai l’impression que plus vous montez et plus vous avez envie de monter encore plus haut, plus haut que ce que vous vouliez atteindre.

    Je ne m’autorise absolument pas l’échec. C’est impossible pour moi. Dans « Touche Pas à Mon Poste », si je fais trois chroniques super, tant mieux ! Mais si j’en ai une qui est un peu moins bonne, je mets des semaines à m’en remettre.

    Donc, je ne suis pas quelqu’un de très apaisé. Et le fait de rencontrer beaucoup de gens, car j’ai de la chance de rencontrer plusieurs publics et notamment beaucoup de gens intéressants, c’est très enrichissant. Comme je suis toujours empathique, ça développe aussi la sensibilité que j’avais déjà à la base, je crois. Et du coup, je suis bien. Mais en même temps, je me sens aussi de plus en plus sensible et de plus en plus écorché par les choses qui m’entourent.

    Et parfois, je culpabilise un peu du succès. Des fois, quand je vois des gens autour de moi qui sont malheureux ou tristes, qui n’ont pas d’argent, qui sont en galère, et ça peut être de plein de manières différentes. Certains sont juste malheureux dans leur vie. Je me dis que j’ai beaucoup de chance.

    Et des fois, je m’en veux justement, de ne pas arriver à en profiter plus, à être plus dans ma tête parce que je suis tellement obsédé par l’idée que ça va s’arrêter, que je ne vais pas réussir à fonctionner longtemps, que je ne profite pas du moment parce que je ne fais que travailler en fait. Donc du coup, c’est un peu dommage.

    Est-ce que pour vous, Hallelujah Bordel ! est une réussite ? Vous attendiez-vous vraiment à ce succès ?

    Oui. Pour le coup oui. Vraiment. Mais personne ne croyait à ce spectacle. C’est pour cela que c’est une réussite. Quand cela a commencé à fonctionner pour moi, à la télévision tout le monde m’a dit « Change de spectacle. Il n’est pas drôle, il ne marchera pas. Le grand public ne veut pas que l’on parle de la religion ». Personne ne croyait en ce spectacle. Et je me suis dit « Au fond, je vais continuer avec ce spectacle et tant pis si je me plante. Si le public n’est pas prêt à entendre ce que j’ai à lui dire, alors c’est que je n’avais pas à rencontrer ce public. »

    Donc j’ai continué et j’avais raison parce que ce spectacle a été un succès. Et oui, c’est une réussite ! Parce que je pense que j’ai réussi, dans ce spectacle, à allier le fond, la forme et l’efficacité. Parce qu’il ne faut jamais oublier que nous sommes d’abord des humoristes. Les gens viennent vous voir pour se marrer.

    Je ne suis pas un philosophe, je ne suis pas un poète. Il faut faire marrer les gens, il faut que les gens se poilent vraiment et là, ils accepteront d’entendre ce que vous avez à dire.

    Mais si vous faites d’abord passer vos messages personnels avant de les faire rire, ils vont se dire « Qu’est-ce qu’il nous fait ? On s’en fout ! »

    Et dans ce spectacle, il y a beaucoup de vannes, beaucoup de fond. J’arrive à créer des vrais moments d’émotion. Il y a des moments où je dénonce très premier degré et il y a des moments où j’y vais en finesse.

    Je suis content de ce spectacle parce qu’il a plusieurs lectures. Si vous êtes très cultivé en religion, vous allez avoir plein de références, plein de petites vannes à droite et à gauche qui vont passer inaperçues pour les autres mais qui, quand on s’y connaît, vous diront plein de choses. Et si vous, vous ne vous y connaissez pas du tout, que ça ne vous intéresse pas, vous pouvez l’écouter au premier degré.

    Il y a plusieurs points de vue.

    Votre plume est remarquable. Avez-vous commencé à écrire jeune ? À l’époque, qu’est-ce qui vous a inspiré ? Portiez-vous déjà votre regard vers l’humour noir ?

    J’ai commencé à écrire tout petit, vers l’âge de 13-14 ans. Et oui, directement de l’humour noir ! J’ai écrit le sketch du « Prêtre pédophile » qui est dans le spectacle, j’avais 14 ans.

    L’humour noir m’est venu d’une grande empathie. Les gens me prendront sûrement pour un fou, mais j’ai l’impression d’être dans leur tête. J’ai un truc avec eux. C’est pour ça que je suis souvent seul, que je suis très solitaire. Je suis très empathique. Et comme j’ai grandi dans un quartier et que j’étais fils de commerçant, j’étais à la porte pour tout voir.

    J’étais là, dans un commerce, où j’ai vu des alcooliques, j’ai vu des gens bien, des drogués, des femmes battues,… Du coup, je les voyais, j’étais devant ma porte, avec cette empathie. Ça me touchait vachement. Quand vous êtes confronté à la tristesse, au malheur des gens, vous êtes obligé de prendre du recul et de vous marrer.

    Les mecs des pompes funèbres, je pense qu’ils passent beaucoup plus de temps à se marrer que les mecs qui travaillent à la SNCF. C’est obligatoire, parce qu’on ne peut pas faire autrement.

    C’est sûr qu’après un enterrement ou après une incinération, ils font : « Oh t’as vu la gueule de l’autre ! ». C’est obligé, ils ne peuvent pas survivre autrement et moi, je trouve que c’est bien.

    Je pense que c’est l’ensemble de ma sensibilité, de mon éducation et de là ou j’ai grandi qui a fait qu’un moment donné, quand je me suis mis à écrire, c’était évident que j’écrive cela.

    C’est la réunification de plein de hasards.

    Appliquez-vous votre humour noir dans votre vie privée ?

    Oui, je suis très comme ça ! (Sourire). C’est intimement ma personnalité. D’ailleurs, ça fait marrer les gens qui bossent avec moi. Une de ces personnes me connaît depuis 10 ans et est là pour me voir écrire. Il m’aide par exemple, parfois, à trouver mes actualités. On décortique la presse ensemble, et ça me fait mourir de rire parce qu’il va me dire « Politique, conflits diplomatiques, création d’une grève,… » et ça ne va pas me faire réagir. Et puis, tout d’un coup, il me lancera : « Une petite fille a été retrouvée dans un coffre de voiture ». Et là, tout de suite je lui sors des vannes. Et lui, ça le fait crever de rire parce que dès qu’on trouve un truc tordu, j’ai des vannes pratiquement immédiatement qui me viennent. Tout de suite, j’ai des vannes.

    Alors que vous allez me parler des koalas, ça ne m’inspire en rien !

    Je pense que j’ai mon esprit comme ça.

    Est-ce que dans le spectacle Hallelujah Bordel !, vous avez de l’improvisation ou est-ce que tout est calculé ?

    Oui, il y a de l’improvisation. Mais c’est de l’improvisation mesurée.

    Je sais quand je peux en faire ou pas. Il y a des moments où je me dis « Tiens, là je peux ! »

    Par exemple, quand j’incarne un personnage, c’est très compliqué. Je ne peux pas l’arrêter. Quoique, je le fais avec le sketch sur Dieu à la fin du spectacle, quand je fais la souris avec mon doigt.

    J’arrive à sortir du personnage et à faire rire les gens. Mais ces moments-là sont plutôt rares.

    On le voit dans votre bouquin, vous avez rencontré des gens, vous vous êtes inspiré d’eux. Avez-vous suivi leurs conseils par rapport à ce qu’il fallait écrire ou peut-être ne pas écrire ?

    J’ai rencontré des imams, des pasteurs et des rabbins. Je ne leur ai pas demandé leur avis, je leur ai demandé de me prévenir si jamais j’avais sorti les choses de leurs contextes. Je ne voulais pas que l’on m’accuse de cela. Je ne voulais pas que l’on m’accuse de détourner les textes.

    Donc, je suis allé voir plusieurs représentants religieux en leur disant « Je vais dire ça, est-ce que je détourne le propos ou non ? ».

    Il fallait essayer de ne pas le faire et c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a plein de choses que je n’ai pas pu utiliser. Mais en partie grâce à eux, on ne pourra pas me reprocher d’avoir déformé ou détourné quelque chose.

    Qu’est-ce que vous avez envie de dire à tous les gens qui pourraient prendre mal ce sujet ?

    Qu’il ne faut rien prendre trop au sérieux dans la vie. Parce que lorsque l’on prend les choses trop au sérieux, c’est là généralement que l’on commence à faire des erreurs et des bêtises. Il n’y a pas de règle et il faut avoir du recul sur toutes les choses que l’on vit. Quand on commence à prendre les choses trop au sérieux, ça devient dangereux.

    La religion aide beaucoup de gens et fait du bien à certaines personnes mais elle fait aussi beaucoup de mal. Généralement elle fait du mal aux gens qui la prennent trop au sérieux. Il faut avoir du recul sur tout ce que l’on fait et sur qui on est, sur ce que l’on est.

    Avez-vous de nouvelles idées futures ? Un nouveau spectacle ?

    Oui ! Absolument ! Je suis en ce moment sur l’écriture d’un nouveau spectacle qui s’appellera « Vends deux pièces à Beyrouth ». Il sera porté sur la guerre et il débutera au mois de juillet 2015 ! J’ai également mis un film en route que l’on commencera à tourner à la rentrée prochaine. Ce sera une comédie sombre.

    Jérémy, vous êtes talentueux, continuez à nous faire mourir de rire ! On aime tellement ça !

    Propos recueillis par Laura Delbrassinne


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  • Samedi soir dernier, je suis allée à l'Espace Julien pour revoir Jérémy Ferrari sur scène pour son spectacle "Allelujah bordel" sous-titré "Cet homme va trop loin" ...

    Déjà, dans la file d'attente, mon oreille est irrésistiblement attirée par une conversation de fans ... je commence à discuter avec une jeune femme très sympa (on a ensuite fait plus ample connaissance). On se met d'accord pour s'installer ensemble et nous voilà côte à côte au deuxième rang, plein centre, place vraiment idéale pour être au cœur du spectacle, proche de l'artiste qui aime à interpeller les personnes du public.

    Enfin, Jérémy Ferrari rentre sur scène sous les applaudissements des spectateurs.

    D'emblée, je me laisse aller à rire au moindre mot, à la moindre mimique de l'humoriste, je lâche prise, je me détends, je savoure.

    Son spectacle très rodé est impeccable. Jérémy Ferrari maîtrise son sujet sur le bout des doigts. Il est toujours aussi drôle mais là où on part en fou rire inextinguible, c'est lorsqu'il dérive de son écriture, lorsqu'il est irrésistiblement attiré par un spectateur qui manifeste, qui rit un peu trop fort ... ou pas ... et là ces moments d'improvisation et d'aparté sont juste à hurler de rire, d'ailleurs avec ma nouvelle camarade, on étouffe des fous rires irrépressibles (la référence à Forrest Gump est juste énormissime mais seules les personnes présentes à ce spectacle précisément pourront comprendre ...).

    Ce que j'aime dans ce spectacle sont les silences qui en disent long, de ces silences qui donnent un réel impact à ce qu'il vient de dire, de ces silences qui laissent place aux expressions de son visage qui résument bien chaque mot assené ... Jérémy peut aller très très loin dans ses textes intelligents et sensés mais c'est lorsqu'il se tait que l'on réalise tout ce qu'il dit quand il parle ...

    Jérémy Ferrari ne termine pas son spectacle, merci et au revoir, non, il prend le temps de venir saluer longuement son public qui lui offre une standing ovation, de dire quelques mots, de remercier son équipe et tout le monde, de mettre les mains sur son cœur qui doit, à cet instant précis, battre très fort sous les applaudissements nourris.

    Et puis, ensuite une séance de dédicace est organisée, vite et bien, très bien même (bravo), Jérémy, malgré sa fatigue fort légitime (il a enchaîné deux représentations, celle de 21h ayant été rapidement sold out, il en a rajoutée une deuxième à 17h) prend le temps d'écouter les fans qui souhaitent le rencontrer et le féliciter, de signer, de poser pour les photos ...

    Cet artiste est un grand homme ... non seulement il est bourré de talent et d'énergie, non seulement il est doué, un excellent auteur et un immense acteur, mais aussi, hors scène, il est humble, gentil, souriant, attentif, disponible, patient, adorable ...

    Bref, je suis faaaaaaaaaaaaaaan ...

    (ps : vous trouverez mes quelques photos sur mon Facebook que j'ai prises à la toute fin lorsqu'il est venu saluer ainsi que pendant la séance de dédicaces car pendant le spectacle c'est formellement interdit, ce qui est tout à fait normal ...)

      


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  • Jérémy Ferrari est impressionnant. En trois semaines de présence à Avignon, il aura affiché complet tous les jours, dans l'une des plus grandes salles de théâtre du Festival Off. Le record précédent était de 14 représentations pleines.

    Du 7 au 28 juillet, à 18 h 10, ce sont 350 personnes qui seront venues l'applaudir chaque jour, ce qui au total amène un score imposant de 7 700 spectateurs.

    C'est une première pour le Palace, qui accueille l'humoriste, spécialiste de l'humour noir et de la provocation, découvert dans l'émission de Laurent Ruquier sur France 2 "On ne demande qu'à en rire".

    L'engouement autour du jeune homme a pu se mesurer lors de la vente des places. La billetterie a vendu près de 3 000 places avant même le début du festival.

    Et depuis, sans faire aucun tractage et presque sans affichage - beaucoup d'affiches ont été arrachées par les fans pour faire des dédicaces -, la renommée télévisuelle de Jérémy Ferrari a servi de publicité. Il fallait réserver les places presque cinq jours à l'avance pour espérer assister à un spectacle. Et beaucoup de monde a été refusé, au grand dam des fans de l'artiste.

    Voilà un succès qui fait pâlir d'envie et que Jérémy Ferrari aborde avec le sourire et un beau "Merci je vous hais !" à ses tous ses fans...

     

    (source : http://www.laprovence.com/article/festival-davignon/lhumoriste-jeremy-ferrari-tout-puissant)


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  • Vendredi dernier je suis allée me balader en Avignon ... pour y être allée l'année dernière, j'y suis retournée pour profiter de la merveilleuse ambiance du Festival .... chercher "la bande à Ruquier" et surtout mon petit Jérémy Ferrari qui me ravit de jour en jour ... ce que je découvre de lui ne fait que me conforter dans l'admiration que je lui porte ... je crois que j'ai un sacré petit béguin pour lui ... même s'il pourrait être mon fils !!! Bref, passons outre ...

    Après avoir trouvé sur mon chemin Sandra et Pascal, du duo Les Kicekafessa, et Artus (et Arsène Mosca aussi, Guillaume Bats ...:))))) je suis allée attendre Jérémy à la sortie des artistes ...

     

    J'ai pu avoir ma photo, ma dédicace, mes deux bisous, lui parler quelques minutes et le remercier de son talent fou ... cet homme est un amour ... non seulement il joue à guichets fermés depuis le début du festival dans la grande salle du Palace et a rempli à ce jour pas moins de 16 salles détrônant le record mais il est en plus un amour d'homme, gentil, disponible, souriant, attachant, ce qui va a contrario de son humour noir et qui n'en est que plus touchant ... !! pour moi il est mon Dieu Spirituel .. et puis de toute façon pour être ami avec Mickels Rea, il ne peut qu'être bien .................. et vice - versa .............. prochaine étape : rencontrer ENFIN Mickels Rea !!!! :))


    Alors qu'il a conclu la deuxième saison de On ne demande qu'à en rire de bien belle manière, survolant de la tête et des épaules l'émission et dépassant tous ses potes au-delà de toute espérance (il est le seul à avoir décroché les 100 points absolus (et par deux fois - le sketch avec Guillaume Bats est déjà culte !!) et il a gagné son prime et le titre du meilleur humoriste de la saison), il revient à la rentrée dans le cadre d'une émission hebdomadaire (cf. bulletin ci-dessous) ... il délaisse donc le plateau de Ruquier ... qui délaisse l'émission au profit de Jérémy Michalak pour la troisième saison ... Laurent Ruquier sera présent de façon récurrente dans le jury qui comprendra quatre membres, puisque Jérémy Michalak ne notera pas les candidats.

    Ce ne sera plus vraiment pareil mais toutefois, je suis ravie que l'émission continue pour découvrir de nouveaux humoristes ...

    Mais Jérémy restera à tout jamais dans mon coeur pour être le seul homme en ce moment à me faire rire ... vraiment rire .. :)

    Je l'adore vraiment tout plein énormément ... et pour longtemps ...

    Et quand je lis ce que je lis ça me donne encore plus envie de l'aimer ... tout le temps ...

     




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  • Jérémy Ferrari et Arnaud Tsamère rejoindront Laurent Ruquier dans “On n’est pas couché” sur France 2 à la rentrée. Les deux humoristes l’ont déclaré sur Facebook: "(nous) sommes heureux de vous annoncer officiellement que vous pourrez nous retrouver à la rentrée en duo toutes les semaines dans “On n’est pas couché” !“. Et histoire de rire un peu, chacun a ajouté : "Je n’aime pas Jérémy/Arnaud, mais je pense que c’est quand même une bonne nouvelle".

    Les deux hommes sont déjà des habitués de France 2 et de la bande à Ruquier. Après plusieurs passages dans l’émission “On n’demande qu’à en rire”, ils sont également intervenus séparément dans “On a tout révisé”. Depuis janvier 2011, Jérémy Ferrari participe comme chroniqueur à l’émission “On va s’gêner” sur Europe 1.

    Ils succèdent à Jonathan Lambert, parti de l’émission pour se consacrer au théâtre et au cinéma.

    Après avoir individuellement triomphé au Festival d'Avignon qui se clôture aujourd'hui dans leur spectacle respectif (Allelujah bordel pour Jérémy Ferrari et Chose promise pour Arnaud Tsamère), les deux compères ne se quittent plus : outre les skectchs en duo qu'ils présentent dans On ne demande qu'à en rire, émission dans laquelle ils sont déjà promus "pensionnaires" et qu'on retrouvera à la rentrée (pendant l'été, uniquement le samedi soir de 18 h 45 à 19 h 45), ils se produiront donc ensemble aux côtés de Ruquier et c'est une sacrément bonne nouvelle pour ces deux humoristes qui montent, qui montent.

    Je leur prédis à tous deux une belle carrière ... même si j'ai une nette préférence pour le jeune Jérémy qui me fait fondre ..

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    Mise à jour du 28/10/2011 : le duo n'aura finalement duré le temps que de deux émissions ... Jérémy et Arnaud ont décidé d'un commun et amiable accord  avec Laurent Ruquier qu'ils n'avaient pas leur place au sein de l'émission et tous deux ayant des projets personnels à développer ont préféré choisir une autre voie ...


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  • Ce soir, en duo avec Constance, il m'a fait beaucoup rire ... je l'adore ce petit gars .. et l'interview que j'ai trouvée sur le net ne fait que me conforter dans mon sentiment ..

     

    Une heure avec Jérémy Ferrari…

    A quelques heures de son spectacle, tout près du théâtre du Temple où il se produit dans “Allelujah Bordel!”, Jérémy Ferrari a  gentiment accepté de me répondre pour tenter de délier les dédales de sa personnalité. C’est donc autour d’un café que ce jeune homme, détendu et souriant, s’est confié en toute simplicité.

    Bonjour Jérémy!

    Votre nom c’est un pseudo ?

    Ah non ! J’aurai pris un truc moins con si c’était un pseudo ! (rires) C’est le nom de ma mère. Elle est italienne. Comme je suis un peu typé on me demandait souvent de quelle origine j’étais donc voilà ! Et puis ça sonne bien ! Jérémy Ferrari se retient bien donc c’est un plus !

    « Allelujah Bordel » est un remake de votre ancien spectacle « Mes 7 péchés capitaux » ? Qu’est ce qui a changé ?

    En fait c’est pas vraiment ça ! « Mes 7 péchés capitaux » était complètement différent de « Allelujah Bordel ! ». Je parlais un peu de la religion mais basée sur l’incarnation de plusieurs personnages. Le fil conducteur était une voix off et l’idée était basée sur un dialogue entre Dieu et moi. Mais je me suis rendu compte que c’était un peu trop compliqué : le spectacle durait 1h40 (rires !) et je m’étais pris un peu trop la tête ,je pense ! Même si pour le coup il y avait du spectacle! Je trouvais que ce n’était pas assez efficace.

    Pour revenir au théâtre du Temple j’ai voulu le réécrire et au final j’en suis arrivé à ressortir quasiment un spectacle tout neuf ! J’ai juste gardé des passages de la Bible et le personnage de Dieu remodelé ! J’ai réécrit 1h de spectacle pour 25 min de l’ancien ! Donc c’est vraiment une nouvelle conception ! Dans « Allelujah Bordel ! » je suis vraiment sur l’extrémisme religieux.

    Dans ce one man vous abordez le sujet très sensible des religions et des scandales qui y sont liés. Vous lisez des passages de la Bible et du Coran et vous prenez même la place de Dieu. Osé ?

    Ah oui ça l’est complètement ! Il n’y a que les gens très ouverts d’esprit qui pensent que ce spectacle n’est pas choquant ! C’est juste que je l’amène d’une manière qui fait que ça passe très bien ! Mais c’est vrai que j’apporte les textes religieux (Bible, Torah, Coran) sur scène ! J’en lis des passages c’est très mal pris ! Je fais le signe hitlérien sur scène, je danse sur Heili Heilo, je parle du génocide juif… C’est très provocateur je le sais !

    Pourquoi la religion ? Et comment travaille-t-on un sujet comme ça ?

    C’est très minutieux et je devais être rigoureux sur la religion car je savais que j’allais avoir des débats. J’ai commencé par lire la Bible en entier (je suis un peu névrosé ! Mais surtout je déteste ne pas finir quelque chose !) et je me suis bien marré d’ailleurs ! Et puis j’ai lu le Coran. J’ai rencontré des prêtres, des imams, des rabbins, des pasteurs qui m’ont beaucoup aidé sur le sujet. Puis j’ai lu beaucoup d’ouvrages divers se rapportant à la religion comme l’Antéchrist de Nietzsche. J’ai lu un peu tous les grands noms se rapportant à la religion tels que Saint Anselme ou Saint Augustin. Et pourquoi la religion? Parce que je me suis rendu compte que l’extrémisme religieux était la base de beaucoup de problèmes de notre société. Parce que nos lois, nos règles qu’elles soient judiciaires, sociales ou économiques découlent de la religion.

    Sur votre site Internet vous mettez une adresse mail a disposition pour vous insulter! C’est insolite ! Vous ne pensez pas aller trop loin ?

    (Rires) Ce qui me fait surtout rire c’est qu’il y a des gens qui l’utilisent ! Ils n’ ont pas compris qu’en faisant ça je me moque déjà d’eux avant qu’ils m’insultent ! Je sais que ça les rend fou et c’est le but ! Mon combat c’est de lutter contre les cons en fait ! Donc plus ils viendront me dire que je les énerve, plus je vais en rajouter !

    Et alors avez vous déjà reçu des insultes?

    Oui j’ai déjà été agressé quatre fois à cause de ce spectacle et j’ai reçu une menace de fatwah. Quand je rentre chez moi je ne suis pas toujours rassuré, je fais attention. Une fois j’ai reçu un mail d’un monsieur qui m’accusait de copier Dieudonné comme je parle de la religion. Je lui ai répondu qu’il faut être complètement malade pour croire que je prendrai de tels risques physiques juste pour copier Dieudonné ! Et puis à la différence de lui, je ne porte pas de drapeau, je n’ai pas de combat. Je n’estime pas qu’une cause vaut plus qu’une autre. Il faudrait presque s’excuser de ne pas faire partie d’une minorité ethnique ou raciale pour pouvoir les défendre. C’est incroyable ! Heureusement la majorité des gens comprend que c’est de l’humour et j’ai finalement très peu de mauvais retours.

    Pourquoi avoir choisi la provocation et l’humour noir ?

    Parce que je ne voulais pas faire des sketches sur Facebook ! (rires) Ca ne m’intéresse absolument pas ! J’ai commencé ce métier très jeune, à 16 ans ! Au début j’avais monté un spectacle avec des sketches de reprise de Palmade, Bigard, Muriel Robin et des sketches à moi (« De sketches en sketches » ndlr) dans lesquels j’abordais ce genre de sujets passe-partout. Ca  bien marché d’ailleurs ! Mais rapidement je suis passé à des thèmes plus provoc’ ! J’ai toujours été très sensible au monde qui m’entoure. J’ai grandi à Charleville Mézières, ville très pauvre de France, donc j’ai vraiment côtoyé la misère sociale au quotidien. J’ai voulu à ma manière dénoncer ces choses là. A 17 ans j’ai débarqué à Paris et dans le premier one man entièrement de ma création (« Moi méchant ? » ndlr) j’ai commencé à aborder des sujets comme le racisme, les femmes battues, la guerre ou la maltraitance des enfants. J’ai toujours eu ça en moi. J’ai toujours eu envie de dénoncer des choses. Je suis cynique je l’étais déjà petit. L’humour noir n’est pas un choix, tu l’as en toi.

    Comment réussissez vous a rester dans la limite et à aborder ces sujets avec finesse?

    Je pense que ce qui fait que mes sketches passent bien, tout provocateurs soient-ils, c’est que les gens comprennent dans mes yeux que tout ça n’est finalement que de la dénonciation et qu’au fond de moi je fais ça par amour de ces gens et pas l’inverse. Malgré mon caractère assez dur, je suis quelqu’un de très touché par la misère de ce monde et je peux facilement fondre en larmes devant un journal télévisé ou Trente millions d’amis. Et le public comprend ça, je pense…

    Quelles sont vos sources d’inspiration et comment choisissez vous les sujets de vos sketches ?

    Dans les infos, dans la presse principalement.

    Qu’est ce qui selon vous fait que l’on va venir vous voir et pas quelqu’un d’autre?

    Déjà le fait que je suis un peu tout seul dans ce créneau (l’humour noir, ndlr). Avant, il y avait aussi Dieudonné dans le même esprit mais maintenant avec les propos qu’il tient il a perdu du public. Je pense aussi que dans le milieu de l’art humoristique on est pas très nombreux. Des humoristes qui deviennent des légendes de cet art il y en a dix par génération. C’est une corrélation de beaucoup de choses qui font que tu es dans l’air du temps ou non. Il faut se battre mais je pense que tu es plus ou moins destiné ou pas. C’est assez simple, dans le fond, de se faire connaître en étant à la mode mais il faut tenir sur plusieurs années.

    Vous n’avez pas peur qu’on vous vole le monopole et que d’autres se mettent à faire la même chose ?

    Qu’ils le fassent ! (rire). Le tout c’est de le faire pour les bonnes raisons. C’est sûr que s’ils se mettent à faire de l’humour noir parce que c’est la mode il se planteront car ce n’est pas une bonne raison. Mais je serai content qu’il y ai plus d’humoristes qui choisissent ce créneau, cela ouvrirai les portes de la liberté d’expression et c’est mieux !

    Vous considérez vous comme un artiste engagé ?

    Biensûr ! Je suis un artiste complètement révolté et engagé ! Je refuse de monter sur scène pour parler de rien ou parler de moi! Je trouve déjà assez prétentieux de faire payer les gens pour venir voir un mec seul sur scène pendant 1h15! J’admire la prétention de ceux qui montent sur scène pour parler de leur première expérience amoureuse ou de la première fois qu’ils ont utilisé Facebook ! Moi je n’ai pas cette prétention ! Avant d’être un humoriste je suis d’abord un artiste et je pense que l’humour est seulement un moyen d’expression. J’aurai pu faire autre chose même si cela reste ma manière favorite. C’est jouissif et on peut balancer énormément.

    A quel moment êtes-vous satisfait de votre travail ? Quels sont les signes ?

    Quand le public rie évidemment ! C’est tout bête mais c’est ça ! Et puis d’autres choses aussi. Grâce à Laurent Ruquier qui m’a ouvert les portes de l’exposition médiatique mon sketche sur la roulette russe a été élu meilleur sketche toute émission confondue par les téléspectateurs de France 2. J’ai reçu beaucoup de mails après ça. Notamment une femme qui m’a expliqué être très sensible à n’importe quel référence au suicide depuis la mort de son fils. Mon sketche l’a fait rire aux larmes et elle m’a dit que je l’avais déloqué de quelque chose. Je ne dis pas avoir été le révélateur pour elle mais je l’ai apparemment un peu aidé et c’est une grande satisfaction.

    Vous avez démarré très jeune dans le one man. Etiez-vous déjà comique quand vous étiez enfant ? Quel est votre parcours ?

    Non quand j’étais petit je ne faisais pas rire, j’étais très introverti. Mais je faisais déjà du théâtre et j’écrivais beaucoup. A l’école je n’étais pas exclu mais j’étais très discret je ne parlais pas beaucoup aux autres. J’avais beaucoup de mal à m’intégrer. Au lycée j’étais carrément tout seul ! C’est sur que je n’étais pas un ado très heureux, c’est pour ça d’ailleurs que mes parents m’ont vite laissé partir à Paris. Ils ont compris que j’étais en train de mourir sur place et qu’ils devaient me laisser faire ce que je voulais. J’étais comme un oiseau pris en vol et enfermé dans une cage trop petite. Et mes parents l’ont compris. J’ai commencé à redevenir bien dans ma peau quand j’ai commencé ce métier. Même si c’était parfois très difficile j’étais bien car j’étais libre. J’ai fait beaucoup de petits boulots que personne ne voulait pour vivre. J’ai fait de la sécurité, groom, enfin tout quoi ! Des grosses périodes de galères mais je ne regrette rien.

    Avez vous quelqu’un qui vous influence particulièrement ?

    Monsieur Nion (Bruno, ndlr), le Directeur du théâtre de Charleville-Mézières. C’est lui qui m’a donné envie de faire ce métier et qui m’a dit que j’étais doué. Il m’a donné des cours particulier et m’a aidé à convaincre mes parents de me laisser partir. C’était un gros risque pour lui parce que j’étais mineur mais il était convaincu que je réussirai. Sans lui je ne sais pas si j’aurai trouvé la force et je suis resté très proche de lui. Maintenant il y a aussi mon agent (Guillaume Lucchini, ndlr) et mon producteur (Jacques Dahan, ndlr) qui m’a donné ma chance. Et puis Laurent Ruquier parce qu’il croit en moi. C’est un homme vraiment super. En plus, il ne m’a jamais censuré malgré tout ce que j’ai pu sortir depuis plusieurs semaines sur France 2 à 18h.

    Vous vous êtes également initié au théâtre dans la peau d’Arthur Rimbaud ? Que vous a apporté cette expérience?

    C’était génial ! Ca m’a déjà permis de savoir que je pouvais avoir un premier rôle au théâtre et surtout le tenir. Et puis je me sens « proche de Rimbaud » et je dis ça avec beaucoup de modestie. On a beaucoup de points communs. On est tous les deux de Charleville-Mézières donc je reconnais les paysages qu’il décrit dans sa poésie. C’est quelqu’un de très cynique et qui était révolté en tout cas au début. Donc c’était pas si compliqué surtout que dans la pièce je jouais Rimbaud à la fin de sa vie. Il est complètement révolté contre le monde. Il y a un petit peu de ça dans ma personnalité. Je ne trouve pas que ce monde va bien. J’avais pas de mal de points communs avec lui surtout dans cette période de ma vie où je l’ai joué. Je n’étais pas forcément de très bonne humeur ! (rires)

    Si vous n’aviez pas été humoriste que seriez vous aujourd’hui ?

    Journaliste je pense.

    Vous dites que vous avez quitter l’école « d’un commun accord avec l’éducation nationale » ! Vous n’aimiez pas ça du tout ?

    Non, je n’étais pas du tout un bon élève. J’étais même très mauvais (rires).

    Vous dites écrire souvent l’après-midi c’est un choix personnel ou pas ?

    Non c’est parce que j’ai pas le choix justement ! Avant j’écrivais tout le temps la nuit mais maintenant que je suis un peu plus occupé j’ai pas trop le choix de dormir un peu et de me lever un peu plus tôt qu’avant. Avant je me couchait vers 6h et je me levais vers 13h ! Maintenant j’essaye de me coucher plus tôt et de me lever plus tôt pour être plus efficace ! L’écriture c’est une alchimie qui se passe dans ton cerveau il suffit de s’entraîner.

    Combien d’heure écrivez vous par jour ?

    Ca dépend ! Parfois je n’écris pas, parfois une heure…. Ca dépend si je suis inspiré ! Certains sketches de chez Ruquier je les écrit en une heure et parfois ça me prend une semaine ! « Allelujah bordel ! » je l’ai écrit en deux mois ! Mes journées c’est beaucoup de lecture, d’écriture et de sport (Ju-jitsu, ndlr).

    Vous avez déclaré que votre arme est que vous n’avez « peur de rien ». Vous ne pensez pas que le fait d’être toujours a la limite du politiquement correct puisse vous mettre des obstacles ?

    Vous savez ça ne fait pas longtemps qu’on me laisse m’exprimer. Ca fait dix ans que je fais ce métier et qu’on ne me laisse pas parler. Je n’ai jamais été accepté au Festival de l’Humour par exemple. Les gros festivals tels que Paris fait sa comédie m’ont toujours refusé également. Mais je ne me plains pas parce que c’est comme ça : un humoriste provocateur est toujours censuré avant de ne plus l’être ! Et si je n’ai plus personne a provoqué je ne suis plus un provocateur, je n’existe plus ! Je me bat pour la liberté d’expression mais si demain elle est totale je n’ai plus rien à dire!

    Vous avez aujourd’hui 25 ans. Quels sont vos projets futurs ? Vos envies ?

    Je suis en train d’écrire un spectacle qui s’appelle « Vend 2 pièces à Beyrouth » et qui parlera de la guerre. J’ai voulu choisir un sujet un peu plus léger (rires) ! Sinon j’ai envie de faire plein de choses plus tard : je veux faire du cinéma, j’ai envie d’écrire des films, des livres… J’ai aussi envie d’écrire d’autres choses. J’écris déjà des textes de chansons pour d’autres artistes.

    Si Jérémy Ferrari était :

    Un plat? Poulet au curry

    Une sortie? Un safari a Gaza

    Un animal? Un loup

    Une qualité? Sincérité

    Un défaut ? Excessif

    Une ville? Venise

    Une chanson? “What a wonderful world” Louis Armstrong

    Un livre? “Antechrist” de Nietzsche

    Un personnage célèbre? Pierre Desproges

    Un péché capital? Presque tous ! (rires) mais surtout la colère.

    Comment avez vous vécu cet entretien Jérémy ?

    Ca me fait plaisir ! Je suis content en plus tant qu’on parle de moi (rires) !

    Merci à Jérémy pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa sincérité. Rendez-vous au Théâtre du Temple…

    Catherine Cesari

    (23 janvier 2011)

     




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